François Villon, premier poète maudit

5 Déc 2013 | Publié par mus dans Histoire de la littérature française | Litterature médiévale
Villon, une vie sordide et marginale
Villon, une vie sordide et marginale

Biographie de François Villon (1431-1463) :

Né de son vrai nom François Montcorbier à Paris, de parents forts humbles, il est confié au chanoine de Villon dont il prend le nom, après le décès de son père. Grâce à ce tuteur qui veut faire de lui un clerc, il fait des études brillantes à la faculté des arts de Paris. Homme du peuple, il ne fréquente pas les cours comme les autres auteurs, il est d’ailleurs l’un des rares poètes à ne pas bénéficier de protection de quelque noble que ce soit, sauf lors de son court  exile hors de Paris (Charles d’Orléans ou le prince poète). Mais sa vie reste très mouvementée, houleuse. Il fait plusieurs séjours en prison pour des vols, escroqueries, agressions physiques, que l’on met sur le compte de ses mauvaises fréquentations. D’ailleurs il écrit une bonne partie de son œuvre en détention. Il est pourtant accueillie en 1457 à la cours de Blois de Charles d’Orléans, mais il l’a quitte après avoir été réprimandé. Ses tentatives de reprendre contact avec le prince-poète en lui faisant parvenir des poèmes tels que « La ballade des proverbes » ou « La ballade des menus propos » échouent. Villon est condamné à mort plusieurs fois, notamment après le meurtre d’un prêtre. Mais à chaque fois il est gracié grâce à l’intervention de Charles d’Orléans et Louis XI qui lui évitent la potence. Il échappe encore à la pendaison en janvier 1463, mais il est condamné au bannissement (exil, expulsion de Paris). Néanmoins il vit avec la certitude d’être un jour pendu. Il n’aurait pas vécu longtemps après cet exile forcé loin de Paris en plein hiver. Il disparaît brusquement durant cette année 1463, et on ne saura jamais avec certitude comment il a fini sa vie. Une seule hypothèse reste plausible, celle de s’être réfugié dans l’anonymat dans un couvent après une vie honteuse mais aussi malheureuse. Il est en ce sens le précurseur des poètes maudits. Il n’en demeure pas moins que son œuvre est considérée comme légendaire, au point où Boileau le considère comme le père de la poésie française. Théophile Gautier, Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et bien d’autres reconnaissent avoir été influencés par sa poésie.

Œuvre de François Villon:

On retrouve chez Villon tous les sujets qui reviennent dans la littérature médiévale : l’amour impossible ou déçu, l’injustice, la vieillesse, la mort…Ses écrits s’adressent d’abord aux pauvres gens. Les quelques tentatives à l’adresse des nobles et princes n’avaient pour but que de les séduire et dont il attendait protection comme il était courant à l’époque pour les poètes. Son œuvre nous renseigne bien sur vie, et rarement œuvre et vie auront été indissociables. Ses poèmes ont pratiquement été traduits dans toutes les langues.

Œuvres de François Villon

  • Ballade des contre vérités (1455–1456)
  • Le Lais (1457)
  • Épître à Marie d’Orléans (1458)
  • Double ballade (1458)
  • Ballade des contradictions (1458)
  • Ballade franco-latine (1458)
  • Ballade des proverbes (1458)
  • Ballade des menus propos (1458)
  • Épître à ses amis (1461)
  • Débat du cuer et du corps de Villon (1461)
  • Ballade contre les ennemis de la France (1461)
  • Requeste au prince (1461)
  • Le Testament (1461)
  • Ballade des dames du temps jadis (1458-59)
  • Ballade des seigneurs du temps jadis
  • Ballade en vieux langage françois
  • Les regrets de la belle Heaulmiere
  • Ballade de la Belle Heaulmière aux filles de joie
  • Double ballade sur le mesme propos
  • Ballade pour prier Nostre Dame
  • Ballade à s’amie
  • Lay ou rondeau
  • Ballade pour Jean Cotart
  • Ballade pour Robert d’Estouteville
  • Ballade des langues ennuieuses
  • Les Contredits de Franc Gontier
  • Ballade des femmes de Paris
  • Ballade de la Grosse Margot
  • Belle leçon aux enfants perdus
  • Ballade de bonne doctrine
  • Rondeau ou bergeronnette
  • Épitaphe
  • Rondeau
  • Ballade de conclusion
  • Ballade de bon conseil (1462)
  • Ballade de Fortune (1462)
  • Le jargon et jobellin dudit Villon (1489)
  • Ballade des pendus (1462)
  • Quatrain (1462)
  • Louanges à la cour (1463)
  • Question au clerc du guichet (1463) 

Ballade des contre vérités (1455):

Cette ballade serait destinée à son entourage ou ses amies, composés essentiellement de criminels et de voleurs bien que cultivés.

Extraits:

Il n’est soin que quand on a faim
Ne service que d’ennemi,
Ne mâcher qu’un botel de fain,
Ne fort guet que d’homme endormi,
Ne clémence que félonie,
N’assurance que de peureux,
Ne foi que d’homme qui renie,
Ne bien conseillé qu’amoureux…
 
Voulez-vous que verté vous dire ?
Il n’est jouer qu’en maladie,
Lettre vraie qu’en tragédie,
Lâche homme que chevalereux,
Orrible son que mélodie,
Ne bien conseillé qu’amoureux.

Le Lais ou Petit Testament (1457) :

Il a commencé à l’écrire en prison. Il l’achève à sa libération et après avoir commis un nouveau cambriolage. Il quitte juste après Paris par prudence, en invoquant des motifs notamment une déception amoureuse. Il fait croire dans ce poème à l’amant martyr qui doit partir parce que sa douleur est immense, comme si Villon l’avait composé pour se préparer un alibi. Dans ce poème l’auteur pauvre qu’il est transmet une fortune qu’il a imaginée, pour se moquer des gens d’en haut de Paris. Son but est de faire rire par des drôleries, de l’ironie, des sous-entendus …  ses truands et criminels d’amis en se moquant des grands.

Extraits:

L’An quatre cent conquate six,
Je, François Villon, écolier,
Considerant, De sens rassis,
Le frein aux dents, franc au collier,
Qu’on doit ses œuvres conseiller
Comme vegece le raconte,
Sage romain, Grand conseiller,
Ou autrement on se mécompte…  
 
Combien que de départ me soit
Dur, si faut il que je l’élogne :
Comme mon pauvre sens conçoit,
Autre que moi et en quelogne,
Dont oncque soret de Boulogne
Ne fut plus alteré d’humeur.
C’est pour moi piteuse besogne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !…
 
Premierement, ou nom du Pere,
Du Fils et du Saint Esprit,
Et de sa glorieuse Mere
Par qui grace rien ne perit,
Je laisse, de par Dieu, mon bruit
A maître Guillaume Villon
Qui en l’honneur de son nom bruit,
Mes tentes et mon pavillon
 
Item, a celle que j’ai dit,
Qui m’a si durement chassé
Que je suis de joie binterdit
Et tout plaisir dechassé,
Je laisse mon cœur enchassé ;
Pale, piteux, mort et transi :
Elle m’a ce mal pourchassé,
Mais Dieu lui en fasse merci !…
 
Item, a maître Ythier Marchant,
Auquel je me sens tres tenu,
Laisse mon brant d’acier tranchant
Ou a maître Jean le Cornu,
Qui est en gage detenu
Pour un écot huit sous montant;
Si veuil, selon le contenu,
Qu’on leur livre, en le rachetant.
 
Item, je laisse a Saint Amant
Le Cheval Blanc avec la Mule
Et à Blaru mon diamant
Et l’Ane rayé qui recule.
Et le decret qui articule
Omnis utriusque sexus,
Contre la Carmeliste bule
Laisse aux curés, pour mettre sus.
 
Item, à Jean Mautaint 
Et maître Pierre Basanier
Le gré du seigneur qui atteint
Troubles, forfaits sans épargnier ;
Et à mon procureur Fournier
Bonnets courts, chausses semelees
Taillees, sur mon cordouanier
Pour porter durant ces gelées…   

Extraits traduits en français moderne:

L’an quatre cent cinquante-six, moi, François Villon, étudiant, considérant , bien sain d’esprit, serrant les dents, tirant franchement au collier, qu’on doit peser ses actions, comme Végèce le démontre, le sage Romain, l’illustre conseiller, ou on s’expose à des mécomptes… Bien que la séparation me soit dure, pourtant il faut que je la quitte: comme le comprend ma pauvre raison, un autre que moi est en quenouille, et jamais hareng saur de Boulogne n’a été plus assoiffé qu’elle. C’est pour moi une pitoyable affaire: que Dieu veuille entendre ma plainte! Item, à celle dont j’ai parlé, qui si durement m’a chassé que je suis interdit de joie et banni de tout plaisir, je laisse mon cœur mis en châsse, exsangue, pitoyable, mort, trépassé: elle m’a procuré ce malheur, mais que Dieu le lui pardonne!… Item, à maître Jean Mautaint et maître Pierre Basanier la faveur du seigneur qui poursuit troubles, forfaits, sans douceur; et à mon procureur Fournier, des bonnets court, des chausses à semelles, taillées chez mon cordonnier, pour porter durant les présentes gelées…

Epître à Marie d’Orléans (1458) :

Au moment où il est emprisonné après avoir été condamné à mort en 1457, naît Marie d’Orléans fille du duc Charles d’Orléans et de Marie de Clèves, nièce du duc de Bourgogne. A cette occasion il est amnistié, et voit en la nouvelle-née un don du ciel venue le sauver. Il écrit une double ballade, des vers pleins de sentiments.

Extraits :

O louee conceptïon
Envoiee sa jus des cieulx,
Du noble lis digne sÿon,
Don de Jhesus tres precïeulx
Marie, nom tres gracïeulx,
Fons de pitié, source de grace,
La joye, confort de mes yeulx,
Qui nostre paix batist et brasse !
 
La paix, c’est assavoir des riches,
Des povres le substantament,
Le rebours des felons et chiches ;
Tres necessaire enfantement,
Conceu, porté honnestement,
– Hors le pechié originel –
Que dire je puis sainctement,
Souverain bien de Dieu eternel.
 
Nom recouvré, joye de peuple,
Confort des bons, des maulx retraicte,
Du doulx seigneur premiere et seule
Fille de son cler sang extraicte,
Du dextre costé Clovis traicte,
Glorïeuse ymage en tous fais,
Ou hault ciel cree et pourtaicte
Pour esjouÿr et donner paix…  

Requête à monseigneur de Bourbon :

L’auteur s’est retrouvé sans auncun sou, comme cela lui arrivait souvent. Il adresse dans ce poème une demande de prêt (six écus) à Mgr de Bourbon.

Extraits :

Le mien seigneur et prince redouté
Fleuron de lys, royale géniture,
François Villon, que Travail a dompté
A coups orbes, par force de bature,
Vous supplie par cette humble écriture
Que lui fassiez quelque gracieux prêt.
De s’obliger en toutes cours est prêt,
Si ne doutez que bien ne vous contente :
Sans y avoir dommage n’intérêt,
Vous n’y perdrez seulement que l’attente.
 
A prince n’a un denier emprunté,
Fors à vous seul, votre humble créature.
De six écus que lui avez prêté,
Cela piéça il mit en nourriture,
Tout se paiera ensemble, c’est droiture,
Mais ce sera légièrement et prêt ;
Car se du gland rencontre en la forêt
D’entour Patay et châtaignes ont vente,
Payé serez sans délai ni arrêt :
Vous n’y perdrez seulement que l’attente.

Epitre à mes amis (1461) :

Ecrit à la  prison de Meung-sur Loire, pour se plaindre de sa condition à ses amis des bas fonds. En réalité Villon semble s’adresser indirectement aux gens qui ont quelque pouvoir, pour leur inspirer pitié et le libérer.

Extraits:

Ayez pitié, ayez pitié de moi,
A tout le moins, s’il vous plaît, mes amis !
En fosse gis, non pas sous houx ne mai,
En cet exil ouquel je suis transmis
Par Fortune, comme Dieu l’a permis.
Filles aimant jeunes gens et nouveaux,
Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux,
Vifs comme dards, aigus comme aiguillon,
Gousiers tintant clair comme cascaveaux,
Le laisserez là, le pauvre Villon ?
 
Chantres chantant à plaisance, sans loi,
Galants riant, plaisants en faits et dits,
Coureux allant francs de faux or, d’aloi,
Gens d’esperit, un petit étourdis,
Trop demourez, car il meurt entandis.
Faiseurs de lais, de motets et rondeaux,
Quand mort sera, vous lui ferez chaudeaux !
Où gît, il n’entre éclair ne tourbillon :
De murs épais on lui a fait bandeaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?… 

Ballade contre les ennemies de la France (1461) :

Cette ballade est écrite surement pour attirer l’attention du roi, pour obtenir sa clémence alors qu’il est exilé loin de Paris. Sa requête reste sans suite, alors il rentre à Paris malgré l’interdiction de séjour qui lui est assigné.

Extraits:

Rencontré soit de bêtes feu jetant
Que Jason vit, quérant la Toison d’or ;
Ou transmué d’homme en bête sept ans
Ainsi que fut Nabugodonosor ;
Ou perte il ait et guerre aussi vilaine
Que les Troyens pour la prise d’Hélène ;
Ou avalé soit avec Tantalus
Et Proserpine aux infernaux palus ;
Ou plus que Job soit en grieve souffrance,
Tenant prison en la tour Dedalus,
Qui mal voudroit au royaume de France !…
 
D’Octovien puist revenir le temps :
C’est qu’on lui coule au ventre son trésor ;
Ou qu’il soit mis entre meules flottant
En un moulin, comme fut saint Victor ;
Ou transglouti en la mer, sans haleine,
Pis que Jonas ou corps de la baleine ;
Ou soit banni de la clarté Phébus,
Des biens Juno et du soulas Vénus,
Et du dieu Mars soit pugni à outrance,
Ainsi que fut roi Sardanapalus,
Qui mal voudroit au royaume de France !
 
Prince, porté soit des serfs Eolus
En la forêt où domine Glaucus,
Ou privé soit de paix et d’espérance :
Car digne n’est de posséder vertus,
Qui mal voudroit au royaume de France ! 

Ballade du concours de Blois

Appelé aussi « Je meurs de soif auprès de la fontaine »

Villon a écrit cette ballade à l’occasion d’un concours organisé par le duc Charles d’Orléans dans sa cour de Blois, où il s’était retiré à sa sortie de la prison anglaise.

Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Chaud comme feu, et tremble dent à dent ;
En mon pays suis en terre lointaine ;
Près d’un brasier frissonne tout ardent ;
Nu comme un ver, vêtu en président,
Je ris en pleurs et attends sans espoir ;
Confort reprends en triste désespoir ;
Je m’éjouis et n’ai plaisir aucun ;
Puissant je suis sans force et sans pouvoir,
Bien recueilli, débouté de chacun…
 
De rien n’ai soin, aussi mets toute ma peine
D’acquérir biens et n’y suis prétendant ;
Qui mieux me dit, c’est cil qui plus m’ataine,
Et qui plus vrai, lors plus me va bourdant ;
Mon ami est, qui me fait entendant
D’un cygne blanc que c’est un corbeau noir ;
Et qui me nuit, crois qu’il m’aide à pourvoir ;
Bourde, verté, aujourd’hui m’est tout un ;
Je retiens tout, rien ne sais concevoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.
 
Prince clément (Charles d’Orléans), or vous plaise savoir
Que je comprends bien et n’ai ni sens ni savoir :
Partial suis, à toutes lois commun.
Que sais-je plus ? Quoi ? Les gages ravoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.

Ballade des pendus (1462) :

C’est le poème le plus célèbre et connu de Villon. Alors qu’il est emprisonné de nouveau et condamné cette fois à mort, il le compose pour atténuer sa peur et son angoisse en attendant sa pendaison. Se sachant condamné il se fait défenseur des pauvres et des voleurs, tout en implorant la pitié du roi. C’est une véritable méditation sur la peine de mort.

Extraits (en français moderne):

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Si nous vous appelons frères, vous n’en devez
Avoir dédain, bien que nous ayons été tués
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous les hommes n’ont pas l’esprit bien rassis.
Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie,
De façon que sa grâce ne soit pas tarie pour nous,
Et qu’il nous préserve de la foudre infernale.
Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 
Prince Jésus qui a puissance sur tous,
Fais que l’enfer n’ait sur nous aucun pouvoir :
N’ayons rien à faire ou à solder avec lui.
Hommes, ici pas de plaisanterie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre. 

Ballade de bon conseil (1462)

Par cette ballade où il fait comme s’il était de bon conseil, il se transforme en donneur de bonnes leçons. Villon tente de convaincre qu’il est délinquant amendé, dans l’espoir dêtre réadmis dans le milieu des bonnes gens.

Hommes faillis, bertaudés de raison,
Dénaturés et hors de connoissance,
Démis du sens, comblés de déraison,
Fous abusés, pleins de déconnoissance,
Qui procurez contre votre naissance,
Vous soumettant à détestable mort
Par lâcheté, las ! que ne vous remord
L’horribleté qui à honte vous mène ?
Voyez comment maint jeunes homs est mort
Par offenser et prendre autrui demaine…
 
Que vaut piper, flatter, rire en traison,
Quêter, mentir, affirmer sans fiance,
Farcer, tromper, artifier poison,
Vivre en péché, dormir en défiance
De son prouchain sans avoir confiance ?
Pour ce conclus : de bien faisons effort,
Reprenons coeur, ayons en Dieu confort,
Nous n’avons jour certain en la semaine ;
De nos maux ont nos parents le ressort
Par offenser et prendre autrui demaine. 

Belle leçon aux enfants perdus :

S’inspirant de sa propre expérience d’homme qui a tournée, il s’adresse aux enfants perdus pour qu’ils reviennent sur le droit chemin.

Beaux enfants, vous perdrez la plus
Belle rose de vo chapeau ;
Mes clercs près prenant comme glus,
Se vous allez à Montpipeau
Ou à Ruel, gardez la peau :
Car, pour s’ébattre en ces deux lieux,
Cuidant que vausît le rappeau,
Le perdit Colin de Cayeux.Ce n’est pas un jeu de trois mailles,
Où va corps, et peut-être l’âme.
Qui perd, rien n’y sont repentailles
Qu’on n’en meure à honte et diffame ;
Et qui gagne n’a pas à femme
Dido, la reine de Carthage.
L’homme est donc bien fol et infâme
Qui, pour si peu, couche tel gage. 

Le Grand Testament (1462):

C’est certainement le dernier poème de l’auteur, avant de prendre définitivement  le parti des siens c’est-à-dire des truands en s’identifiant à eux dans ses onze dernières ballades. Dans le Grand Testament il revient sur lui-même et sa vie. Il se confesse et se repentie avec plaisanteries, mais exprime parfois des remords qui semblent sincères.

En l’an de mon trentiesme aage,
Que toutes mes hontes j’euz beues,
Ne du tout fol, ne du tout saige
Non obstant maintes peines eues,
Lesquelles j’ay toutes receues
Soubz la main Thibault d’Aucigny …
S’esvesque il est, signant les rues,
Qu’il soit le mien je le regny. 
 
Mon seigneur n’est ne mon evesque,
Soubz luy ne tiens, s’il n’est en friche ;
Foy ne luy doy n’ommaige avecque,
Je ne suis son serf ne sa biche.
Peu m’a d’une petite miche
Et de froide eaue tout ung esté ;
Large ou estroit, moult me fut chiche :
Tel luy soit Dieu qu’il m’a esté !…
 
Et s’esté m’a dur ne cruel,
Trop plus que cy je ne raconte,
Je veul que le Dieu eternel
Luy soit dont semblable a ce compte.
Et l’Eglise nous dit et compte
Que prions pour noz annemys ;
Je vous diray j’ay tort et honte,
Quoi qu’il m’aist fait, a Dieu remys. …
 
Escript l’ay l’an soixante et ung,
Lors que le roy me delivra
De la dure prison de Mehum,
Et que vie me recouvra,
Dont suis, tant que mon cueur vivra,
Tenu vers luy m’usmilier,
Ce que feray jusqu’il mourra :
Bienfait ne se doit oublier… 
 
Je suis pecheur, je le sçay bien,
Pourtant ne veult pas Dieu ma mort,
Mais convertisse et vive en bien,
Et tout autre que pechié mort.
Combien qu’en pechié soye mort,
Dieu vit, et sa misericorde,
Se conscïence me remort,
Par sa grace pardon m’acorde…
 
Je plains le temps de ma jeunesse,
Ouquel j’ay plus qu’autre gallé
Jusqu’a l’entrée de vieillesse,
Qui son partement m’a cellé :
Il ne s’en est a pié alé
N’a cheval : helas ! comment don ?
Soudainement s’en est vollé
Et ne m’a laissié quelque don. 
 
Allé s’en est, et je demeure,
Povre de sens et de savoir,
Triste, failly, plus noir que meure,
Qui n’ay ne cens, rente n’avoir;
Des miens le mendre, je dy voir,
De me desavouer s’avance,
Oubliant naturel devoir
Par faulte d’un peu de chevance…
 
Bien sçay, se j’eusse estudïé
Ou temps de ma jeunesse folle
Et a bonnes meurs dedïé,
J’eusse maison et couche molle …
Mais quoy ! je fuyoie l’escolle
Comme fait le mauvaiz enffant.
En escripvant ceste parolle,
A peu que le cueur ne me fent…
 
En cest incident me suis mis,
Qui de riens ne sert a mon fait.
Je ne suis juge ne commis
Pour pugnir n’absouldre meffait :
De tous suis le plus imparfait ;
Loué soit le doulx Jhesu Crist !
Que par moy leur soit satisffait :
Ce que j’ay escript est escript….
 
Povre je suis de ma jeunesse,
De povre et de peticte extrasse ;
Mon pere n’eust oncq grant richesse,
Ne son ayeul, nommé Orrace ;
Povreté tous nous suit et trace.
Sur les tumbeaux de mes ancestres,
Les ames desquelz Dieu embrasse,
On n’y voit couronnes ne ceptres….
 
Povre je suis de ma jeunesse,
De povre et de peticte extrasse ;
Mon pere n’eust oncq grant richesse,
Ne son ayeul, nommé Orrace ;
Povreté tous nous suit et trace.
Sur les tumbeaux de mes ancestres,
Les ames desquelz Dieu embrasse,
On n’y voit couronnes ne ceptres…. 

Louanges à la cour (1463)

(Ou requête à la cour de Parlement)

Condamné à l’exil après l’annulation de sa condamnation à mort, il s’adresse en vers rimés et d’une manière fort pathétique aux juges du parlement pour les remercier. Il demande un sursis de trois jours pour se procurer un peu d’argent et faire ses adieux avant de quitter Paris.

Tous mes cinq sens : yeux, oreilles et bouche,
Le nez, et vous, le sensitif aussi,
Tous mes membres où il y a reprouche,
En son endroit un chacun die ainsi :
 » Souvraine Cour, par qui sommes ici,
Vous nous avez gardé de déconfire.
Or la langue seule ne peut souffire
A vous rendre suffisantes louanges ;
Si parlons tous, fille du Souvrain Sire,
Mère des bons et soeur des benoîts anges ! « 

Coeur, fendez-vous, ou percez d’une broche,
Et ne soyez, au moins, plus endurci
Qu’au désert fut la forte bise roche
Dont le peuple des Juifs fut adouci :
Fondez larmes et venez à merci ;
Comme humble coeur qui tendrement soupire,
Louez la Cour, conjointe au Saint Empire,
L’heur des François, le confort des étranges,
Procréée lassus ou ciel empire,
Mère des bons et soeur des benoîts anges !

Autres ballades (extraits):

Ballade des dames du temps jadis

Dites-moi où, n’en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Ballade pour prier Nostre Dame

Dame du ciel, régente terrienne,
Emperière des infernaux palus,
Recevez-moi, votre humble chrétienne,
Que comprise soie entre vos élus,
Ce nonobstant qu’oncques rien ne valus.
Les biens de vous, ma Dame et ma Maîtresse
Sont bien plus grands que ne suis pécheresse,
Sans lesquels biens âme ne peut mérir
N’avoir les cieux. Je n’en suis jangleresse :
En cette foi je veuil vivre et mourir.
 
A votre Fils dites que je suis sienne ;
De lui soient mes péchés abolus ;
Pardonne moi comme à l’Egyptienne,
Ou comme il fit au clerc Theophilus,
Lequel par vous fut quitte et absolus,
Combien qu’il eût au diable fait promesse
Préservez-moi de faire jamais ce,
Vierge portant, sans rompure encourir,
Le sacrement qu’on célèbre à la messe :
En cette foi je veuil vivre et mourir…

Ballade des femmes de Paris

Quoiqu’on tient belles langagères
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour être messagères,
Et mêmement les anciennes,
Mais soient Lombardes, Romaines.
Genevoises, à mes périls,
Pimontoises, savoisiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.
 
De beau parler tiennent chaïères,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et sont très bonnes caquetières
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d’autres pays,
Espagnoles ou Catelennes,
Il n’est bon bec que de Paris…

Ballade des seigneurs du temps jadis

Qui plus, où est li tiers Calixte,
Dernier décédé de ce nom,
Qui quatre ans tint le papaliste,
Alphonse le roi d’Aragon,
Le gracieux duc de Bourbon,
Et Artus le duc de Bretagne,
Et Charles septième le bon ?
Mais où est le preux Charlemagne ?
 
Semblablement, le roi scotiste
Qui demi face ot, ce dit-on,
Vermeille comme une émastiste
Depuis le front jusqu’au menton,
Le roi de Chypre de renom,
Hélas ! et le bon roi d’Espagne
Duquel je ne sais pas le nom ?
Mais où est le preux Charlemagne ? 

Citations de François Villon:

  • Je suis Français, dont il me pèse. 
  • Rien ne m’est sûr que la chose incertaine.
  • Jamais mal acquit ne profite.
  • Il n’est trésor que de vivre à son aise.
  • En grande pauvreté ne gît pas grande loyauté.
  • Pour un plaisir, mille douleur.
  • Qui meurt a le droit de tout dire.
  • Jamais mal acquis ne profite.

Villon  et son oeuvre ont inspiré également musiciens et cinéastes.

Musique :

  • « La ballade des pendus » est mise en musique par Leo Ferré. Little Nemo la met en chanson dans l’albuim « Past and Future » Et Reggiani avec sa voix saisissante la chante en lui imprégnant toute la gravité necessaire.
  • La « Ballade contre les ennemis de la France » est mise en chanson par Peste Noire tout récemment en 2009 ;
  • Villon est également inspirateur de Richard Desjardins. On retrouve « La ballade des pendus «  dans l’album « Boom Boom » (1998).

Au théatre :

Bertoly Brecht s’en inspira pour son « Opéra de quat’sous » (1928 à Berlin)

Sa vie inspira la pièce « If I were king » de Justin Huntly Mccarthy (1901 à Broadway)

Opérette « The Vagabond King » crée par rudolf friml (1925)

Au cinéma :

Dans « The Oubliette » et « The Higher Law », Charles Giblyn s’inspire de la vie du poète (1914).

Dans « Le Roi des Vagabonds » Ludwig Berger retrace la vie de Villon (1930).

Dans « If I were King » (Le Roi des gueux) Frank Lloyd fait de même (1938).

Dans « François Villon » André Zwoboda retrace la vie du poète (1945)

En 1945 André Zwoboda retrace la vie du poète dans « François Villon »

« Si Paris nous était conté » est une œuvre de Sacha Guitry sur le poète (1956)

Dans la comédie musicale « The Vagabond King », Michael curtiz s’inspire de la vie de Villon.

Écrits portant sur François Villon :

« François Villon, sa vie et ses œuvres » d’Antoine François Campaux (1859).

« Etude biographique sur François Villon » d’Auguste Lognnon (1873).

« Les origines noirmandes de François villon » de Charles Théophile féret (1904).

« François Villon : Hist Life and times » de H. de vere Stackpoole (1917).

« Villon et Rabelais » de Louis Thuasne (1911).

« Notice sur François Villon » d’Auguste Vitu (1873).

 

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