Adam de la Halle, où l’avènement du théâtre profane

27 Mai 2013 | Publié par mus dans Histoire de la littérature française | Litterature médiévale
Un chevalier faisant la cour à Marion
Un chevalier faisant la cour à Marion

Adam de la Halle ou d’Arras (vers 1240-1287) :

Biographie :

                 Considéré comme le dernier trouvère, Adam de la Halle (dit aussi Adam d’Arras ou Adam le bossu) est  né vers 1240 à Arras, centre de rayonnement de la littérature française en ce temps. Il est  le fils d’Henri le Bossu (ce qui lui a valu son surnom), un bourgeois aisé d’Arras. Encore enfant les riches d’Arras lui ouvrent leur porte, et se montrent très généreux avec lui. C’est dans ce milieu bourgeois qu’il prend goût aux plaisirs, et qu’il critiquera plus tard. Il entame sa scolarité à l’abbaye de cistercienne de Vaucelles, qu’il interrompt pour se marier à une certaine Marie. Quelques années plus tard il entreprend de les achever à l’université de Paris. Il obtient le titre de Maître ès arts, et entre vers 1280 au service de Robert II comte d’Artois (neveu de Saint Louis) comme ménestrel, qu’il suit à Naples sous domination française. C’est là qu’il donne dans la cour de Charles 1er d’Anjou (frère de Saint Louis et  roi de Sicile) sa première représentation. Mais Palerme et Messine se soulèvent en mars 1282 contre les Français qui sont massacrés. Le roi se réfugie dans sa  cour de Naples et son neveu, le comte Pierre 1er d’Alençon (5eme fils de Saint Louis), venu à son secours est tué en avril 1283. Il décède à son tour en janvier 1285. Adam de la Halle ne lui survivra pas longtemps. Il meurt deux années plus tard à Naples, quelques temps après avoir fait un bref retour dans sa  ville natale. Il aurait pérégriné en Italie, Palestine, Égypte…

Œuvre d’Adam d’Arras:

Son œuvre se particularise par sa diversité tirée surtout de la tradition lyrique : chansons, théâtre jeux, satires et poésie. Tous les genres de l’époque figurent dans son œuvre, mais la partie musicale est dominante. Il innove et excelle avec une nouvelle tendance, celle de la polyphonie profane. Sur le plan théâtrale on considère qu’il est le fondateur du théâtre profane, en ce sens qu’il est l’auteur de pièces dramatiques les plus anciennes connues et où il n’y a pas plus de place au religieux, au  sacré et aux miracles en vogue alors. L’auteur collabore un temps à Arras avec Jehan Bretel (célèbre trouvère décédé en 1272) qui l’apprécie particulièrement, avant son départ pour l’Italie. Ils écrivent ensemble la presque totalité (17) des jeux partis.

Adam d’Arras s’attèle à décrire la réalité telle qu’elle est, et s’efface au profit de ses personnages (souvent des paysans). Ce qui le distingue des autres auteurs de l’époque. Il nous montre dans leurs occupations avec leurs qualités, leurs bizarreries, leurs divertissements souvent ingénus. Quand on prend connaissance de son œuvre, on ne peut que le considérer plus comme auteur dramatique et compositeur que trouvère. Malgré une courte vie, Adam d’Arras nous lègue une œuvre riche et variée: 

  • 15 rondeaux, 5 mollets, 1 ballade et 1 virelai à trois voix   
  • 36 chansons monodiques
  • 18 jeux partis qui sont des joutes poético-musicales monodiques, mettant aux prises deux personnages.
  • 3 jeux qui sont des textes où alternent vers et chansons, et qui ont fait la célébrité de l’auteur :
  • Le jeu d’Adam ou de la feuillée
  • Le jeu de Pélérin (1276)
  • Le jeu de Robin et Marion  

Le Congé (Li congiés Adan) 1269:

Le Congé est une poésie lyrique genre musical né à Arras au début du 13e siècle dont l’objet est de parler de cette ville, de ses habitants et de ceux qui détiennent le pouvoir. Il est composé à l’occasion d’une séparation. Son auteur s’adresse à la première personne aux êtres chers, tout comme à ceux qu’ils méprisent pour leur dire adieu. Il est courtois envers les premiers et satirique envers les seconds.

Alors qu’il avait interrompu ses études pour se marier, l’auteur projette de  les reprendre à Paris. Sa femme (Marie) l’y encourage, bien qu’ils doivent pour cela se séparer pour quelques années. Son père et bien d’autres personnes de son entourage et d’Arras s’y opposent. Avant de partir, il tient dans « Le Congé » à exprimer à Marie sa femme sa grande reconnaissance et l’amour qu’il lui voue toujours. C’est aussi un salut, une révérence à ses amis qui l’ont soutenu, jusqu’à cotiser pour qu’il puisse continuer ses études. Il exprime ainsi sa tristesse de les quitter. Le Congé c’est aussi une satire à l’endroit de  la société d’Arras sa ville, dont il se moque avec beaucoup d’ironie.

Extraits du Congé:

 Comment que men tans aie usé,

M’a me conscienche acusé
Et toudis loé le meilleur;
Et tant le m’a dit et rusé
Que j’ai tout soulas refusé
Pour tendre a venir a honnour.
Mais le tans que j’ai perdu plour,
Las!…

Arras, Arras! vile de plait
Et de haïne et de detrait,
Qui soliés estre si nobile,
On va disant c’on vous refait!
Mais se Diex le bien n’i ratrait,
Je ne voi qui vous reconcile…

Encor soit Arras fourmenés,
Si [i] a il des bons remés
A cui je voeil prendre congiet,
Qui mains grans reviaus ont menés
Et souvent biaus mengiers donnés,
Dont li usages bien dechiet;…

Puis que che vient au congié prendre,
Je doi premierement descendre
A cheus que plus a envis lais.
Aler voeil mon tans miex despendre,
Nature n’est mais en moi tendre
Pour faire cans ne sons ne lais… 
 

Adieu, Amours! tres douche vie,
Li plus joieuse et li plus lie
Qui puist estre fors paradis!
Vous m’avés bien fait en partie.
Se vous m’ostastes de cle[r]gie,
Je l’ai par vous ore repris;
Car j’ai en vous le voloir pris… 
 

Bele, tres douche amie chiere !
Je ne puis faire bele chiere,
Car plus dolans de vous me part
Que de rien que je laisse arriere.
De mon cuer serés tresoriere
Et li cors ira d’autre part
Aprendre et querre engien et art… 
 

Congié demant de cuer dolant
Au milleur et au plus vaillant
D’Arras et tout le plus loial,
Symon Esturion, avant,
Sage, debonnaire et souffrant,
Large en ostel, preu au cheval,… 
 

Bien doi avoir en ramenbranche
.II. freres en cui j’ai fianche,
Signeur Baude et signeur Robert
Le Nommant; car il m’ont d’enfanche
Nourri et fait mainte honnestanche;…
 

Sires Pierres Pouchins, biaus sire!
Je ne doi mie estre sans ire
Quant de vous partir me couvient,
Tant m’avés fait! Diex le vous mire,…
 

Puis c’aler doi hors de men lieu,
Hauiel, Robert Nasart, adieu!
Gilles Li Peres, Jehans Joie,
Au jouster n’estes mie eskieu:
De bos avés fait maint alieu
Et maint biau drap d’or et de soie…
 

A tous ceus d’Arras en le fin
Pren congié pour che que mains fin
Ne me cuident de cuer vers eux.
Mais il i a maint faus devin
Qui ont parlé de men couvin,
Dont je ferai chascun hontex;…
 

Jeu de la Feuillée (ou jeu d’Adam) 1276:

C’est une pièce de théâtre comique, une farce, une satire qui cible des personnes d’Arras. Une oeurvre avec des intermèdes musicaux, qui va marquer la fin du théâtre sacré, des miracles et des mystères où les thèmes sont d’ordre religieux. En ce sens elle est la première pièce d’essence laïque ou profane française, avec en sus l’introduction du jeu une nouveauté.

Dans cette comédie de mœurs, l’auteur met en scène sa propre histoire dans laquelle il occupe d’ailleurs le premier rôle. Santé et  maladie, enchantement et désenchantement, religion et féeries…sont mis en opposition. Ils ne se gênent pas à nommer en toutes lettres les Arrageois, qu’ils soient riches, bourgeois, hommes ou femmes. L’auteur veut quitter Arras, une ville commerçante entre les mains d’une bourgeoisie naissante et dans laquelle il se sent captif, pour étudier à Paris. Son père et ses amis veulent l’en empêcher. Alors avant de partir il rassemble dans cette pièce un moine, une douce dame, des  fées, quelques voisins, son père, un médecin, lui-même déguisé en clerc et… un fou. Il s’adresse à tout ce beau monde qui s’oppose à ses desseins, avec beaucoup de rancœur, lors d’une représentation publique le 3 juin 1276. Il dénonce les vices et les mesquineries des gens d’Arras, se moque de la laideur de sa femme, de l’avarice de son père qui refuse de l’aider. La folie, celle des hommes et des femmes, des bourgeois et des clercs… y est très présente. Comme si la feuillée ce n’est pas seulement la loge de verdure de la statue de  la Vierge au marché d’Arras, où sont invités ses personnages, mais aussi la folie elle-même.

La pièce commence avec l’apparition d’Adam (déguisé en clerc), pour annoncer son intention de quitter sa femme et la ville pour étudier à Paris.

Riquesse Auris : Qu’y feras-tu,  jamais bon clerc ne quitta Arras?   

Gillos : Et que deviendra Marie?

Adam : Elle restera avec mon père

Gillos : Elle vous suivra ; on ne peut séparer ceux que l’Eglise a unis

Adam : Vous parlez à merveille ; mais comment n’aurais-je pas été séduit ?…

Et comme pour montrer qu’il l’aime et qu’il s’en va juste à cause des études, il dresse un tableau élogieux des charmes de sa femme. Il raconte même comment il a été séduit puis rassasié. 

A la demande d’argent, Henri le père réplique :

Il ne peut en donner, il est vieux et malade

Ce à quoi répond le médecin :

De la maladie qu’on nomme l’avarice; il en est bien d’autres qui sont atteints de la même infirmité.

Le Jeu de Robin et de Marion (Li Jus de Robin et Marion) vers 1285:

Cette pièce d’un genre dramatique, est une pastourelle (qui développe un thème de pastourelle) dans laquelle sont représentés un chevalier, une bergère et des bergers. Elle serait écrite à  la demande de Charles 1er d’Anjou afin de distraire la cour. Il y  introduit des chansons et des morceaux de musique, ce qui en fait sans doute la première du théâtre musical d’Europe, le premier opéra tragi-comique français. Elle exprime une certaine nostalgie au moment où l’auteur, Charles d’Anjou et son entourage sont isolés dans la cour et menacés après le soulèvement sicilien. Le jeu de Robin et Marion les emmène loin en milieu rural, dans un village presque irréel qui baigne dans la paix et la gaieté et où le sentiment amoureux est pur. 

L’auteur met en scène une dizaine de personnages (Robin un berger, Marion une bergère, un chevalier, une bergère et six bergers). C’est la rencontre d’un chevalier (Aubert), qui croit que grâce à son rang dans la société rien ne doit lui résister, et d’une humble bergère en train de chanter. Aubert lui fait des avances. Son discours, qui contraste avec celui de l’amour courtois en vogue, est exploité avec humour par l’auteur. Eprise d’un berger (Robin), la jeune fille embarrassée le repousse avec plus ou moins de tact. Robin arrive à son secours mais il est battu par le chevalier, qui enlève la bergère. L’amant fait appel à ses amis bergers, le courtisan relâche la fille. Tout est bien qui finit bien puisque Marion et Robin se marient, et tout le village festoie dans une grande gaieté avec des  jeux, des chants, des danses et même un festin sur l’herbe. 

Extraits (traduit du vieux français) du jeu de Robin et de Marion :

Marion

Robin m’aime, Robin m’a ;
Robin m’a demandée, et il m’aura.
Robin m’a acheté une tunique
D’écarlate bonne et belle,
Un jupon et une ceinture.
A leur i va !
Robin m’aime, Robin m’a ;
Robin m’a demandée, et il m’aura… 

Le chevalier
Bergère, Dieu vous donne bonne journée !

Marion
Dieu vous garde, seigneur !

Le chevalier
De grâce,
Douce pucelle, contez-moi donc
Pourquoi cette chanson vous chantez
Avec autant de plaisir et si souvent

Marion
Beau seigneur, j’en ai toutes les raisons ;
Car j’aime Robinet, et lui m’aime,
Et, très bien m’a-t-il montré que chère je lui suis.
Il m’a donné ce panier,
Cette houlette et ce couteau…
 

Le chevalier
Dites moi donc, douce bergerette,
Aimeriez-vous un chevalier ?

Marion
En arrière, beau seigneur.
Je ne sais ce que sont les chevaliers.
De tous les hommes au monde,
Je n’aimerai que Robin.
Chaque jour, soir et matin
Il vient toujours me voir,
Et m’apporte de son fromage.
J’en ai encore dans mon corsage,
Ainsi qu’un grand morceau de pain
Qu’il m’apporta ce midi…
 

Le chevalier
Bergère devenez mon amie,
Et faites comme je vous prie
.

Marion
Seigneur, écartez-vous de moi :
Il n’est pas convenable que vous restiez.
Peu s’en faut que votre cheval ne me bouscule
Comment vous appelle-t-on ?…
 

Le chevalier
Croiriez-vous déroger avec moi,
Pour repousser si vivement ma prière?
Chevalier je suis et vous bergère.

Marion
Je ne vous aimerai pas pour autant.
Petite bergère je suis, mais j’ai
Un bel ami, charmant et gai.

Du roi de Sicile (1282):

Il écrit ce poème qui a plutôt les allures d’une chanson de geste, pour vouer les mérites de Charles d’Anjou, le roi de Naples. Il donne la preuve de son dévouement à celui qui l’a reçu dans sa cour, en rapportant ses exploits. Il décrit ses qualités qui font que selon lui, il surpasse tous ses frères y comprit  le grand Saint Louis avec lequel il a participé aux deux dernières croisades. On peut penser aussi que cet éloge est subjectif, étant donnés les sentiments d’amitié qui le liaient au monarque sicilien, chez qui il a passé  plusieurs années. Il raconte aussi les circonstances de la conquête du royaume de Naples, le mariage du roi avec Béatrice d’Anjou et  l’insurrection de Marseille…

Extraits du roi de Sicile (traduit du vieux français): 

  1. I. Il faut regretter – c’est une honte pour les bons trouvères –
    Qu’un bon sujet soit conté à l’envers ;
    Car mieux on s’y connaît, plus on doit faire effort
    Pour mettre en ordre ce qui est le plus digne des cours ;
    Ce n’est pas celui qui améliore les strophes qui agit mal,
    Mais celui qui les invente sans en savoir les règles.
    Ce serait grand dommage, bêtise et folie
    Si un si beau sujet, dont je ne me lasserai pas,
    Demeurait comme il est, mal rimé à jamais.
    Le sujet, c’est Dieu et les armes et les amours,
    Le prince le plus brillant pour sa bravoure et ses mœurs…
     
  1. II.Vaillance avait bien sa place chez lui,
    Car il était d’une nature on ne peut plus rare
    En beauté et en force, en noblesse et distinction.
    Il était le dernier de quatre frères qu’il me faut décrire.
    Le premier était Louis, le roi de Saint-Denis,
    Celui qui tant aima et glorifia la Sainte Église,
    Par qui Damiette fut conquise sur les Sarrasins ;
    Les autres le vaillant comte d’Artois qui fut à cette conquête,
    Et le comte de Poitiers ; mais lui, à bien les considérer,
    Les dépassait par ses entreprises, ses exploits et sa gloire…
     
  1. III.Et outre qu’il avait le cœur et le corps d’un brave,
    Nul ne vit jamais prince plus loyal que lui
    Ni compagnon plus généreux
    Ni qui honorât les dames d’un amour plus profond.
    Et on le vit bien en maints pays :
    Pour elles il usa chevaux, pourpre et soie.
    Jeunesse après lui s’est toute dégradée,
    Elle n’est plus que rapine, les gens n’ont pas de soutien.
    Mais si Charles vivait encore au royaume de France,
    On trouverait encore Roland et Perceval…,
     
  1. IV.Vous m’avez entendu parler de sa valeur en général,
    Elle va vous être à l’instant détaillée
    Et, depuis sa naissance, déroulée en bon ordre.
    Son éloge est si beau et si bien fondé
    Qu’il doit chasser d’un cœur bas la bassesse,
    Pousser aux armes tout chevalier
    Et soulever de joie cœur d’amant et d’amante.
    Je ne sais quels jongleurs l’avaient mis en pièces,
    Mais moi, Adam d’Arras, je l’ai tout restauré…
    Et pour qu’on ne se trompe pas sur moi,
    On m’appelle Bossu, mais je ne le suis pas !…
     
  1. V.Charles le noble fut le plus jeune fils de son père,
    Mais comme avril et mai sont entre tous les mois
    Beaux et doux et aimables,
    Charles fut le plus gracieux et le plus royal.
    Ils furent tous fils de roi, Charles mieux que les autres !
    Car au jour de sa naissance son père était déjà
    A la tête du royaume, élu et sacré :
    Il ne l’était pas quand il eut ses trois premiers fils…
         

             VI.… La quatrième, qui n’était pas encore mariée,

            Ne se serait jamais rassasiée d’entendre louer Charles
Et elle a pris tant de plaisir à écouter
Qu’elle se sent comme envoûtée,
Le cœur joyeux, l’œil rieur, la pensée ailée.
Et Amour, qui trouva la porte ouverte,
Entra d’un bond ; alors elle fut enflammée de son amour.

           VII.Alors elle ne fut pas en paix avant d’avoir vu Charles,
Car Amour et Désir la poussaient à savoir
Si la personne était à la hauteur de la réputation.
Et quand elle eut vu son allure et sa prestance,
Alors elle connut d’Amour des tourments plus cruels..

  1. VIII.La nouvelle s’était déjà répandue partout,
    Disant quel cœur, quelle force, quelle valeur
    Avait le frère du roi, rien qu’à le voir.
    Nature faisait redouter de tous sa personne
    Avant même qu’on ne connût sa bravoure.
    Quand il eut longuement étudié la lettre,
    Il vit que la demoiselle voulait être sa dame.
    Amour entre dans son cœur, il est tout retourné,
    Il frémit de désir et se remplit d’espoir…

             X.Alors qui aurait vu Charles revenir dans la joie

  1. Et tous deux doucement s’apprivoiser,
    Échanger de beaux propos, lancer de doux regards,
    A la fin des fins s’embrasser et se donner des baisers,
    Promettre et engager le reste
    Par promesse de mariage et par serment,
    Aurait pu guérir même d’une maladie mortelle !…

             X.Au temps où Charles fit ce premier exploit,

  1. Il n’était pas chevalier et n’avait pas de terres ;
    Mais son frère, le roi, lui fit l’honneur
    De lui donner bientôt le comté d’Anjou
    Comme un domaine pour lequel il lui devait l’hommage,
    Et il fit de lui un chevalier qui ensuite se donna
    De tout cœur aux armes pour multiplier les exploits.
    Et en outre, il avait le cœur si généreux
    Et des façons si bonnes, si belles et si sages
    Qu’on ne savait personne de son âge qui fût son égal..

              XI.Sous les armes il avait une si belle allure,

  1. Il était plus vif et ramassé qu’un oiseau sous ses plumes
    Et plus assuré sur son cheval qu’une tour de château.
    S’il participait à des tournois ou autres joutes,
    Gardant le corps bien droit, les jambes agiles,
    Il fonçait en piquant plus vite qu’une hirondelle
    Si près qu’il éraflait harnais et bourrelets..

             XII.Il n’aurait jamais voulu défendre ou interdire

  1. Fêtes, tournois ou jeux ; il les faisait organiser,
    Faisait se réjouir les ménestrels, crier et hurler les hérauts.
    Même les paysans aimaient l’avoir chez eux,
    Et maintenant chacun veut interdire et supprimer les fêtes !
    Grâce à lui, Amour était roi, lui qui ne sait où aller :
    Si on aimait d’amour aussi noblement que lui,
    Le monde serait bon et moins dur pour tous ;…

 Jeu du Pèlerin (Lecture de la Pilgrim) vers 1286:

C’est semble t-il la dernière œuvre du poète. Ecrite lors d’un bref  retour à Arras et avant de repartir à Naples pour y mourir, cette courte comédie de mœurs se moque de ses amis pour l’oublier. Il fait part de son séjour en Italie, et de l’accueil chaleureux que le comte d’Artois et de Charles d’Anjou lui ont réservé. Il fait également mention de ses voyages et pérégrinations en Orient. Il se présente comme maître Adam généreux et possesseur de toutes les vertus, estimé et honoré à la cour de Naples.   

Jeux- partis : 

Quelques extraits :

Adam à sire Jehan (Bretel) : Pour un loyal amant, est-ce le bien qui domine en amour? est-ce le mal ?

Adam à sire Jehan (Brbtel) : En loyal amant, que préféreriez-vous, être favorisé par l’amour contre votre dame, ou par votre dame contre Tamour ?

Adam à SniE (Jehan Bretel) : Un amant, aprâs avoir fidèlement aimé sa dame pendant sept ans, sans en avoir reçu merci, peut-il l’abandonner et chercher consolation auprès d’une autre?

Adam à SmE (Jehan Bretel) : Que doit craindre le plus un amant sage, ou de voir sa prière repoussée par la dame qu’il aime, ou de perdre son amour quand il l’a obtenu ?

Adam à sire Jehan (Bretel) : Veuillez me dire, vous qui savez si bien l’amour, en quoi, pourquoi et comment vous le servez?

Adam i Rogier : Je suppose que vous aimiez ma femme et moi la vôtre ; mais nous n’en sommes pas aimés. Voudriez-vous qu’en allant plus avant, je fusse accueilli par la vôtre et vous par la mienne ?

Adam à Jkhan BurrfcL : Lequel doit plaire le plus à sa dame, celui qui fait ostentation de son amour devant tout le monde, ou celui qui se laisserait plutôt mourir que de Cure voir son affection?

Hommages au trouvère:

  • Une rue porte son nom à Arras sa ville natale.
  • Un collège d’Achicourt (Pas de Calais) porte son nom.
  • Dans le dessin animé de Disney « Robin des bois », le conteur de l’histoire (un coq aux belles couleurs) incarne un ménestrel qui n’est autre qu’Adam de la Halle

Ecrits sur Adam d’Arras :

  • La musique à Arras depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Adolphe de Cardevacque 1885
  • Sur le Jeu de Robin et Marion d’Adam de la Halle (XIIIe siècle) Tiersot Julien 1897.
  • Essai sur la vie et les œuvres littéraires du trouvère Adan de Le Hale Guy Henri 1898
  • Sens et composition du « Jeu de la Feuillée ». Adler Alfred  1956.
  • La mort d’Adam le Bossu. Cartier Normand 1968.
  • La nature musicale du Jeu de Robin et Marion. Chailley Jacques 1950.
  • Adam de la Halle et ses Jeux chantés Maillard Jean 1956-1957
  • Adam de la Halle à la recherche de lui-même Jean Dufournet 2008

 

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