GEOFFROI de VILLEHARDOIN témoin de la 4ème croisade

28 Mar 2013 | Publié par mus dans Histoire de la littérature française | Litterature médiévale
Prise de Constantinople vue par Villehardoin
Prise de Constantinople vue par Villehardoin

Biographie :

Chroniqueur et non moins chevalier français, Geoffroi de Villehardoin est né entre 1150- 1154 et 1212-1218 d’une famille noble près de Troyes dans le château de Villehardoin. Il est nommé sénéchal de Champagne à compter de 1185, un peu grâce à ses qualités personnelles. Bon diplomate, orateur et négociateur il est sollicité dans plusieurs affaires administratives et politiques en tant que médiateur et arbitre. Lorsque la quatrième croisade est décidée à l’appel de Foulques de Neuilly, c’est lui qui est envoyé en compagnie de Conon de Béthune  (militant et trouvère) négocier avec le doge de Venise Enrico Dandalo le transport par mer des croisés. Il est placé chef de file de cette croisade, à la faveur de son titre de maréchal de Champagne et y jouera un rôle très important.

Œuvre de Villehardoin :

Histoire de la conquête de Constantinople(1207 – 1212)

Les motivations de l’auteur

C’est en tant que témoin, observateur avisé et participant à la quatrième croisade qu’il est amené à écrire sur cette expérience: Histoire de la conquête de Constantinople (ou encore Chronique des empereurs Baudoin et Henri de Constantinople). Cet ouvrage, le seul qu’on connaisse de lui et qui fait de lui un historien, serait écrit entre 1207 et 1212. Un ouvrage qui restera longtemps sujet à controverse, car directement impliqué son impartialité est remise en cause par certains. On pense notamment à la version qu’il donne du détournement de la croisade de l’Egypte et Jérusalem à Constantinople. Sa partialité ne concerne pas les faits, qu’on considère rapporté le plus rigoureusement possible, mais les responsabilités. Soucieux de faire l’apologie des chefs croisés et de ne pas les froisser, sans mentir il justifie le détournement de cette croisade de ses buts premiers. RB Shaw, Frank Marzials et Colin Morris considèrent quant à eux que globalement, la chronique de Villehardouin peut être considérée comme honnête juste et précise. On pourrait aussi penser que l’auteur a voulu répondre aux nombreuses critiques, dont celle du pape, sur le déroulement de la croisade à laquelle il a pris part activement. En effet il n’omet pas d’écrire que la cohésion de la croisade a été maintenue, grâce aux énormes efforts qu’il a du consentir. Il accuse les barons qui étaient opposés à la tournure qu’ont pris les choses, de vouloir disperser l’armée. La chronique reste malgré tout une production remarquable, qui a en plus le mérite d’être le premier écrit à caractère historiographique. Usant de clarté, de sobriété, de fermeté et d’un style austère, il nous transmet un récit qui est aussi celui d’un grand stratège déplorant les erreurs commises sur le plan miliaire.

La 4e croisade vue par l’auteur

L’œuvre se compose de neuf parties ou livres, dans lesquels l’auteur tente de donner un sens à une croisade qui a failli à sa mission. Dans le premier il nous invite à découvrir les prémices de cette quatrième croisade. Le second se rapporte aux négociations qu’il a lui-même menées auprès de la République de Venise. « Seigneurs, les barons de France les plus hauts et les plus puissants nous ont envoyé à vous. Ils vous supplient de prendre pitié de Jérusalem, qui est en l’esclavage des Turcs, et au nom de Dieu de bien vouloir de leur société pour venger la honte de Jesus Christ. Ils vous ont ici choisis pour cette raison qu’ils savent que nulles gens qui soient sur mer n’ont aussi grand pouvoir que vous et votre nation. Ils nous ont commandé de tomber à vos pieds et de ne pas nous en relever avant que vous vous ayez accordé d’avoir pitié de la Terre Sainte d’outre-mer.

Dans la troisième il révèle l’insuffisance des fonds pour faire face aux obligations contenues dans l’accord conclu. De  nouvelles négociations ont été entamées avec le doge de Venise, pour permettre malgré tout à la croisade de continuer. Il termine en relatant l’embarquement des croisés en août 1202. Dans le suivant il nous rapporte la prise de Zara, qui n’était pas initialement prévu au programme mais exigé par Enrico Dandalo suite à l’insuffisance des fonds récoltés par les croisés pour le payement de la flotte. Il n’omet pas de faire mention de  la colère du pape Innocent III et de nombreux barons, qui n’ont pas apprécié que la croisade soit utilisée pour attaquer des Chrétiens. Dans la cinquième partie on découvre la mission qu’il a accomplie en Grèce. L’arrivée des croisés devant Constantinople est écrite dans le sixième livre, avec son siège qui a duré une semaine avant la capitulation le 18 juillet 1203. Alexis IV obtient alors son couronnement à la tête du premier Empire latin de Constantinople, pour lequel la croisade avait dévié. Certaines pages de cette sixième partie sont considérées comme les plus belles et plus passionnantes de toutes.

Dans les trois derniers livres il fait le récit parfois passionnant, parfois répugnant, de la reconquête de Constantinople et des territoires environnant le 12 avril 1204 suite à l’assassinat d’Alexis IV.  Baudouin de Flandre est couronné à la tête de l’Empire Il nous fait part aussi de la cupidité qui s’est emparé des croisés à ce moment là, avec le pillage de la ville. Nobles et personnes de haut rang français et vénitiens se partagent le meilleur des richesses amassées. Pour lui cette avidité matérielle priva les croisés de l’aide de Dieu.

Quelques écrits sur Villehardoin :

  • « Les écrivains de la Quatrième croisade : Villehardouin et Clari » Dufournet,1073.
  • « Les sires de Villehardouin » Petit,  1913.
  • « Recherches sur la vie de Geoffroy de Villehardouin» et « Catalogue des Actes de Villehardoine ». Bibliothèque de l’Ecole des Hautes Etudes, 1939.
  • « La quête et la croisade. Villehardouin, Clari et le Lancelot en prose ».Hartman, 1977.
  • « Geoffroy de Villehardouin. La question de sa sincérité ». Faral dans Revue historique, 1936

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