Benoist de Sainte Maure (XIIe), au service d’Henri II

11 Mar 2013 | Publié par mus dans Histoire de la littérature française | Litterature médiévale
Le Cheval rentrant dans Troie
Le Cheval rentrant dans Troie

Un chroniqueur pour les ducs de Normandie

On sait peu de choses de ce trouvère et chroniqueur anglo-normand du XIIe siècle. Il est originaire sans doute des environs de Tours, où il est clerc. Son œuvre se limite à deux grands ouvrages, qui seraient commandés par Henri II Plantagenêt (duc de Normandie puis roi d’Angleterre) et Aliénor d’Aquitaine (la Reine). On lui connaît un penchant pour les récits de bataille (ce qui fait de lui un chroniqueur), où les exploits guerriers des héros se mêlent  au romanesque et à l’amour courtois.

« Le roman de Troie » : écrit entre 1160 et 1170 ce roman est la principale œuvre qui traite de la guerre de Troie au Moyen Âge. Il fait partie des trois plus grands classiques des romans antiques avec le «Roman de Thèbes»(1150) et « Roman d’Énéas » (1160). Benoist  met en roman les courts récits latins rapportés par Darès de Phrygie et Dictys de Crète, considérés comme témoins oculaires de cette guerre.

Priam roi de Troie, enlève Hèlène l’épouse de Melenas roi de Sparte, qu’il considère comme lui revenant de droit car promise par Aphrodite. Telle est l’origine principale de cette guerre. Le chroniqueur nous plonge dans l’antiquité latine, et le destin d’une splendide cité grecque Troie. Le mérite de Benoist, est de s’être inspiré des écrits latins de deux témoins oculaires du siège de Troie et de la bataille. Il s’agit de Darès un Phrygien et Dictis un Crétois. Dans cette trame de l’histoire et de légendes, exploits guerriers de héros qu’ils soient Grecs ou Troyens, aventures galantes et amours impossibles s’entremêlent pour nous conter la guerre de Troie. L’amour de Pâris et d’Hélène, de Jason et Médée, celui d’Achille et Polixène …étaient inéluctablement condamnés. Son récit intègre d’autres événements, puisqu’il commence avec la naissance même de la Cité. On y  retrouve l’expédition des Argonautes à l’origine de la première destrtuction de Troie, puis l’auteur nous mène de la conquête de la Toison d’or à la mort d’Ulysse. Benoist nous renvoie bien, l’image d’une cité et d’une civilisation enchanteresses.

« Chronique des Ducs de Normandie » (1180) : écrit également à la demande d’Henri II Plantagenêt (Duc de Normandie puis roi d’Angleterre) et d’Aliénor d’Aquitaine (La reine), avec notamment « La Vie de Guillaume le Conquérant » et « Les Vikings en Normandie ».

Il puise ses sources de chroniqueurs, et fouille dans le passé normand soucieux des origines et de l’hérédité. En réalité la demande des Plantagenets n’est pas innocente, elle est même guidée. Elle a pour but d’établir une lignée illustre de la famille pour justifier sa domination sur le royaume d’Angleterre et du duché de Normandie. Les ancêtres maternels Henri II sont exagérément glorifiés et rattachés à la Normandie, pour légitimer leur occupation du trône d’Angleterre. Dans les « Vikings en Normandie », il veut convaincre les Scandinaves de Neustrie qu’ils sont bien Normands, pour encourager leur assimilation. Benoît fait des ducs de Normandie des héros exemplaires de la société courtoise du XIIe siècle. Il va plus loin. Pour glorifier encore plus la famille régnante et ses sujets, il leur trouve même une origine troyenne, considérée comme prestigieuse et honorable (légende de l’origine troyenne des Normands). Ce qui permet en plus, éventuellement, d’avoir des prétentions dans l’Europe latine.

« Quand Ilion fut détruite, Antênor fut exilé,

Emportant maints grands trésors avec tous les gens qu’il avait ;

Il vogua sur les mers, tant qu’il put ; Souvent il fut assailli,

Subit des revers et fut défait jusqu’à ce qu’il arrive en ce pays,

Dont vous m’entendez parler.

Alors avec ses gens il s’y établit ; jamais ensuite défection ni abandon

Personne ne lui fit ; Et de lui sont issus les Danois » 

La vie de Guillaume le Conquérant : (1035-1087) l’auteur retrace le parcours extraordinaire d’un homme hors du commun, le plus célèbre sans doute des ducs de Normandie.

Né à Falaise en 1027-1028, huit ans après il devient le 7e duc de Normandie (Guillaume II de Normandie) suite au décès de son père. Né hors mariage, ce qui lui vaut le surnom de « Guillaume le Bâtard », les barons de Normandie conteste son autorité dès sa majorité, alors qu’il est Vassal du roi de France Henri 1er. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, il se réfugie à Falaise. Le roi lui apporte son soutien, et l’aide à reconquérir son Duché. Pour assoir et élargir son pouvoir, il s’appuie sur des alliances et épouse  même le fille du comte de Flandre, nièce du roi. Ce qui lui confère une certaine autorité sur tout le nord de la France. Ce qui va inquiéter Henri 1er , qui voit en lui une menace pour son propre trône. Il envoie des troupes pour le combattre mais il résiste. Alors que le trône d’Angleterre est occupé par un Normand du nom Édouard le Confesseur, Guillaume se considère comme son successeur, en l’absence d’héritiers. Il y a en effet un lien de parenté entre lui, et la mère du roi d’Angleterre. A la mort de celui-ci, un aristocrate anglo-saxon du nom d’Harold Godwinson s’empare du trône. Guillaume le Conquérant refuse le fait accompli, il envahit l’Angleterre sur laquelle il va régner 20 ans durant, soit jusqu’à sa mort suite à une blessure accidentelle.

Son corps repose toujours au sein de l’église  Saint-Étienne de Caen. A Bayeux où se trouve un cimetière anglais, on peut lire l’inscription « Nous vaincus par Guillaume, avons libéré la patrie du vainqueur »

 

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