Marie de France, première fabuliste française

8 Mar 2013 | Publié par mus dans Litterature médiévale
Marie de France, fabuliste médiévale
Marie de France, fabuliste médiévale

MARIE DE FRANCE (1154-1189) 

Poétesse et fabuliste contemporaine de Chrétien de Troyes (conteur arthurien), on ne connaît pas grand-chose. On pense qu’elle serait issue d’une grande famille parisienne proche de la cour d’Henri II Plantagenêt (roi d’Angleterre) et Aliénor d’Aquitaine (la reine et petite fille de Guillaume d’Aquitaine), et donc qu’elle a vécu surtout en Angleterre. On sait aussi que première écrivaine en langue française, elle était polyglotte: latin, anglais, et français. Ce n’est qu’au début du XVI siècle que le nom de Marie de France lui est attribué. Dans l’épilogue de ses « Fables » elle se présente en effet : « Marie ai num, si sui de France » (Marie est mon nom, je suis de l’Île de France).

Elle commence par traduire du latin des thèmes de l’antiquité, avant de se tourner vers l’écriture soucieuse de préserver les contes qu’elle a entendus. Son inspiration elle la tire de l’antiquité et des traditions et légendes bretonnes et celtes en général. Elle se met à écrire des fables en vers qu’elle appelle lais. Ce qui fait d’elle la première fabuliste française. En celte lai qualifie le chant du merle, puis plus tard un poème accompagné à la harpe. Ces lais ne dépassent jamais six cents vers, donc courts et s’intéressent essentiellement aux personnages et pas au milieu. C’est l’amour courtois et aussi l’adultère qui revient le plus souvent dans ses écrits, avec ces vaillants chevaliers à qui arrivent de galantes aventures. Certains par contre son dédié au roi et à la reine Aliénor, bien connue pour être une patronne des troubadours et autres artistes, et qui l’aurait encouragée à écrire. Elle loue l’amour courtois et pour autrui dans plusieurs adaptations de légendes. Le réalisme et le féerique s’y mêlent étroitement. Preuve de sa célébrité, ses lais sont traduits en Scandinavie.

On lui connaît 14 lais : si certains traitent de l’amour courtois, d’autres sont une invitation à tirer des leçons, notamment concernant l’amour égoïste. Voici quelque uns des plus célèbres :

Lais:

Le lai des deus Amanz (Le lai des deux amants) : un roi en Normandie veuf de son état, n’a plus que sa fille comme consolation. Son entourage lui reproche de repousser tous les prétendants, bien que riches et de bonne famille. Pour ne plus avoir l’air de ne pas vouloir accorder la main de sa fille, il imagine un défi à relever pour tout soupirant. Il annonce « Qui ma fille voudra avoir, devra la porter sans jamais la poser jusqu’au sommet du mont » Tous ceux qui tentent leur chance échouent au grand bonheur du roi. Mais un jour elle et le fils d’un comte s’éprennent l’un de l’autre. Sachant qu’il ne peut relever le défi, le beau jeune homme lui propose de l’emmener loin. Mais la belle ne veut pas attrister son père. Elle lui préconise d’aller chez une parente, spécialiste en herbes magiques. Dans la lettre la jeune fille explique à sa tante que son amoureux a besoin d’un breuvage, pour avoir la force de la porter jusqu’au mont. De retour le jeune homme demande au roi la main de sa fille. Lors de l’ascension du mont, il s’abstient de prendre la potion magique, malgré l’insistance de la fille quand elle le sent sur le point de fléchir « Belle je sens mon cœur tout fort… ». Arrivé au but, il tombe raide mort. Elle s’allonge près de lui, l’étreint très fort et meurt de chagrin. On les enterre sur ce mont, qui devient celui « des deux amants »

Le lai de Lanval : un lai arthurien qui a trait aux chevaliers de la table ronde, qui illustre bien l’amour courtois. Deux ravissantes jeunes filles présentent au chevalier Lanval leur maîtresse, une créature, une fée dotée d’une beauté exceptionnelle. Il est émerveillé, hypnotisé, son cœur est vite ravi. Elle lui offre ce qu’elle a de mieux et surtout son cœur, en échange de quoi il s’engage à ne jamais faire allusion à son existence, sous peine de ne plus le revoir. Dans la cour du roi Arthur qui la néglige, la reine Geneviève lui fait la cour mais il rejette ses avances. Furieuse elle fait circuler la rumeur selon laquelle Laval préfère les hommes. Devant cette accusation gravissime, il n’a plus le choix que d’avouer sa secrète liaison avec la plus belle fille du monde. Blessée par cet aveu, la reine manipule Arthur qui oblige le chevalier à apporter des preuves. L’amante apparaît pour sauver Lanval malgré sa trahison, et l’emmène dans son monde magique…

Le lai de Chevrefoil (chèvrefeuille): il a trait aux amours de Tristan et Iseult de la légende galloise. Tristan orphelin, est pris par son oncle le roi Marc de Cornouailles sous sa protection. Dans la cour il est remarqué pour son courage. Le roi veut épouser Iseut la blonde. Il charge son neveu d’aller la ramener d’Irlande. Au retour les deux jeunes personnes boivent par erreur, le filtre d’amour que la maman de la jeune fille avait préparé pour les nouveaux mariés. Ils s’éprennent éperdument l’un de l’autre. La nuit de noces, craignant que Marc ne découvre qu’elle n’est plus chaste, Iseult se fait remplacer par Brangien sa fidèle. Tristan et Iseult continuent de s’aimer secrètement. « Ni vous sans moi, ni moi sans vous » lui écrit-il sur le tronc de l’arbre où ils se retrouvent ou lui laisse des messages. Découverts ils sont condamnés au bûcher, mais par miracle ils arrivent à fuir, pour vivre dans la misère dans la forêt. Un jour le roi en personne les découvre dans une cabane endormis. L’épée de Tristan plantée entre eux, lui fait croire qu’il ne s’est rien passé. Il les épargne. Le jeune homme s’exile en Bretagne où il épouse Iseult- aux-Blanches-Mains. Mais l’amour est trop fort. Il revient en prenant divers déguisements, pour rencontrer sa bien-aimée. De retour en Bretagne il est blessé à mort lors d’un combat. Il réclame Iseult la Blonde qui seule peut le sauver de la mort. « Que Dieu nous sauve, Yseult et moi !» Elle accourt à son secours, mais la femme de Tristan par jalousie lui fait croire qu’elle n’est pas dans le bateau. La tristesse, le désespoir de voir son amour le laisser tomber accélère sa mort. « Puisque vous ne voulez pas venir à moi, votre amour me tue. Je ne peux plus retenir ma vie. Je meurs pour vous, Yseult ma belle amie » Iseult arrive et découvre le drame. « Ami Tristan, quand je vous vois mort, il m’est impossible de trouver une bonne raison de vivre. Vous êtes mort de l’amour que vous me portiez, et moi je meurs, ami, de tendresse, puisque je n’ai pas pu venir à temps vous guérir de votre mal »  Elle se jette sur le corps de son ami et meurt.

Le lai de Yonec : C’est une histoire d’amour entre une femme mal mariée et un jeune chevalier. C’est un amour impossible et secret. La femme est enfermée et très surveillée par le vieux mari jaloux et méfiant, « Maudits soient mes parents, Ainsi que tous les autres, Qui ont donné mon âme à ce jaloux, et ont unis mon corps au sien,… Maudit soit ma naissance ! Ma destinée est très dur » Un jour, un oiseau rentre par sa fenêtre. Elle est subjugué de le voir se transformer en un beau chevalier, qu’elle s’exclama « chevaler bel e gent devint » (beau et noble chevalier il devint). Il est là pour la consoler, lui tenir compagnie mais il lui avoue « cela fait longtemps que je vous aime et je vous ai beaucoup désirée dans mon cœur. Jamais je n’ai aimé d’autre femme que vous ». Les amants sont découverts et dénoncés, le mari tue l’amant, alors que sa femme est enceinte. Yonec fruit de la liaison des deux amants vient au monde. Dès qu’il grandit, sa mère lui remet une épée, celle du chevalier disparu, et venge son père…

Le lai Bisclavret : Bisclavret seigneur et ami du roi, est obligé de s’absenter deux à trois jours par mois. Devant l’insistance de sa femme qui le soupçonne d’infidélité, il avoue se transformer en loup-garou à chaque pleine lune. C’est dans la forêt, après avoir pris soin d’enlever et cacher ses vêtements, que la mue s’opère. Son épouse arrive même à lui faire dire où il cache ses vêtements. Elle appelle un jeune chevalier épris d’elle et lui promet mariage s’il lui ramenait les habits de son mari, la prochaine lune. Privé de ses habits Bisclarvet ne peut retrouver sa forme humaine…Les circonstances font qu’il est recueilli par le roi, et mis en présence des deux amants, il les attaque, alors qu’il est inoffensif avec les autres. Torturés ils avouent leur forfait…

Autres lais : 

Lai de Frêne, Lai du Chaitivel, Lai de Milun, Lai d’Eliduc, Lai de Guigemard, Lai d’ Equitain, Lai du Loastic.

Ysopet :

Recueil de fables adaptées des fables d’Esope, le Grec supposé être le créateur du genre. Elles sont au nombre de cent trois, dont voici quelques titres :

En ancien français: Dou Chien é dou Fourmaige, Dou Lion malade et dou Goupil, La Mort et le Bosquillon, de la Soris é de la Renoille, Dou Chien é d’une Berbis, Dou Corbel é d’un Werpilz.

En français nouveau : L’Abeille et la Mouche, L’Ane et le Chien, Les Corbeaux, Le Blaireau et le Cochon, Le Bouc et le Cheval, le Chameau et la Puce, Le Chat qui se fit Evêque.

Roman :

L’Espurgatoire saint Patrice : vieillissante (plus de 60 ans) l’auteur nous emmène dans l’au-delà. Elle décrit avec des détails ahurissants l’enfer et les souffrances du Purgatoire, les peines de l’autre monde, qui attendent le commun des mortels. Elle le fait à travers le voyage d’un chevalier (Owen) dans l’au-delà, qui va affronter une dizaine d’affreux et intenables tourments. Le châtiment pour la Luxure par exemple est la suspension par les organes sexuels (genitailles en moyen français). L’Orgueil est puni en attachant les suppliciés à une roue qui tournent et les élève vers un brasier…Le roman nous plonge dans la représentation qu’on se faisait au Moyen Âge des péchés et du châtiment divin.

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