Ecrivains médiévaux,Guillaume IX de Poitiers le troubadour

23 Fév 2013 | Publié par mus dans Litterature médiévale
Guillaume IX le comte-poète
Guillaume IX le comte-poète

Les écrivains du Moyen Âge : 

Sans tous ces hommes et ces femmes, nous ne connaîtrions pas grand-chose du moyen âge. Nous commençons avec Guillaume IX, la présentation des écrivains et poètes de cette époque ainsi que leurs oeuvres.

GUILLAUME IX de Poitiers (1071-1126) :

Né le 22 octobre 1071 Guilhem IX de Peitieus en limousin est le premier troubadour, fondateur de la poésie occitane donc en langue romane (ou vulgaire de l’Europe médiévale). Duc d’Aquitaine et Comte de Poitiers, grand-père d’Aliénor d’Aquitaine (reine de France puis d’Angleterre), puissant et riche seigneur prince, héros même d’épopées (première croisade, campagne contre les Maures en Espagne…), il est le premier poète médiéval depuis saint Fortuna (Vie siècle). Il est considéré comme l’un des précurseurs de l’amour courtois. Même s’il évoque la guerre et ses conséquences, il traite surtout de la joie de vivre, des femmes et de l’amour. Ce qui fait de lui certainement, le premier poète à s’engager dans l’écriture érotique. L’expression littéraire de Guillaume dévoile deux aspects contradictoire de sa personne : dérision et cynisme d’un côté, grande courtoisie de l’autre.

Comme ses poèmes sont considérés obscènes et vulgaires, jusqu’à faire état de ses prouesses sexuelles, il est présenté comme un débauché. Sa vie privée (aventures avec les femmes) fait scandale, ce qui lui vaut d’être excommunié par l’évêque de Poitiers. Mais la passion qu’il voue à la Dangerosa (sa maitresse) lui fait découvrir l’amour pur, et que l’homme peut tout aussi bien aimer à la perfection : c’est le « fin’amor » qui l’entraine vers la chanson d’amour pure pour donner naissance à la poésie courtoise. Les textes de Guillaume sont de courts poèmes, des trobars (poèmes chantés) dont il définit lui-même les règles. En ce sens ils contrastent avec les longs récits d’épopées. Il est également connu pour sa passion pour les arts et les lettres. C’est pourquoi sa cour ne désemplit pas, il reçoit souvent des artistes qui viennent parfois de loin.

Troubadour qu’il est, il ne reste pas indifférent aux graves évènements de son époque. S’il profite du départ du comte Raymond IV en croisade (première croisade de  Godefroy De Bouillon) pour annexer Toulouse sa ville, il rejoint celle-ci en mars 1101 accompagné de ses frères Beaudoin et Eustache à la tête de 30 000 hommes. Jérusalem reconquise, il prolonge son séjour pour combattre en Anatolie. Battu puis captif après avoir perdu la presque totalité de ses hommes, il rentre en France une année plus tard (1102). Il part pour une autre croisade en 1220 en Espagne cette fois. Il se bat pendant trois ans dans le royaume de Valence, contre les musulmans pour la Reconquista.

Après une vie de luxure et de débauche dans sa cour, le roi des troubadours consacre la fin de ses jours à la religion avant de mourir en février 1127. Entre-temps il fait reconstruire le palais des comtes de Poitiers, et fait d’importantes donations à l’Eglise. De l’œuvre de Guillaume de Poitiers, malheureusement seules onze pièces et chansons nous sont parvenues. Dans certaines il évoque l’amour, dans d’autres la guerre et ses conséquences sur lui mais de manière plaisante néanmoins (captivité en orient lors des Croisades).

Œuvre connue du troubadour :

Poèmes ou chansons:

Genre descriptif :

« Pos de chantar m’es pres talens »

(Je peux chanter tout ce que m’est pris du talent)

Je peux chanter de mon talent,
Je fais un vers des sentiments,
Je ne serai jamais servant
En Poitou et en Limousin
 
Je partirai, selon l’exil
De la grande peur et du péril,
En guerre, au fils, à ma grande file
Feront, le grand mal, ses voisins.
 
Je quitterai pour l’amitié
La seigneurie de Poitier
Foucon d’Angers, la moitié
De toute ma terre, oh son cousin!…

« Farai un vers de dreyt nien »

(Je ferai un vers d’aucun droit)

Je fais un vers d’aucun giguant
Ni de moi ni d’autre gent
Ni de l’amour ni des jeunes femmes
D’aucun sur vos_rues
Je me trouve alors qu’en dormant
Sur les chevaux_où

 

Je ne sais pas quand je suis né
Ne suis jovial ni irrité,
Ni étranger comme ni privé
N’en puis aller_crû
La nuit où je la dote les fées
Par fois du haut_nu…

« Pus vezem de novelh florir »

(Puisque nous voyons de nouveau fleurir)»

Nous voyons, de nouveau, fleurir
Les vergers avec les prés verdir
Que les fontaines fassent le plaisir,
Souffle le vent
Que la joie lui soit départie
Plus doucement.
 
Dis bien d’Amour, et je le loue
Pourquoi je n’ai ni peu ni prou?
Car je le chante je cave le trou
Que la grande joie
Nous soit donné plus aisément,
J’observe ses lois…
 
« Ben vuelh que sapchon li pulzor »(version 1)

(Bien on veut que on sache le contraste)

 Je voudrais bien comme la plupart des gens de savoir
si ce verset est bien conçu.
J’ai le produire à partir de mon atelier,
depuis que je suis vraiment le champion de cet art
et il est vrai
et je venir comme témoin ce verset lui-même
quand il est fait.
 
Je sais que la sagesse et la folie bien,
et je sais que la honte et de l’honneur
et je dois à la fois peur et le courage;
et si vous proposez un amour du jeu
, je ne suis pas si stupide
que je ne peux pas dire le meilleur
parmi les médiocres.
 
Je sais bien que ceux qui veulent du bien
et ceux qui me haïssent aussi bien
et je sais qui rend joyeux avec moi,
et si messieurs enojy mon entreprise,
je suis tout à fait conscient
que je dois prendre soin de leur confort
et de leur amusement…
 
« Ben vuelh que sapchan li pulzor»(version 2)

(Je veux qu’on chante de la pudeur)

Je veux qu’on chante de la pudeur
Qu’on sache s’elle est de bonne couleur
Ce « vers » très bref prend son auteur
De son métier, j’emporte la fleur,
En vérité,
J’ai le témoin du « vrai acteur »
Qui est lacé.
 
J’ai vu les fous et les penseurs,
J’ai vu la honte avec l’honneur
Et j’ai connu l’audace, la peur
Et son amour, comme leur jongleur,
Je n’en suis pas
Sot que je ne sois pas meilleur
Parmi les choix…
 
Narration sarcastique :

«I Companho, faray un vers … convien »

(Compagnon, je ferai un vers… convenable)

Amis, je ferai un vers qui vous intéresse
 
Amis, je ferai un vers qui vous intéresse
Parce qu’il aura plus de folie que de sagesse,
Trouvez le pêle-mêle l’amour, la joie, la jeunesse.
 
Tenez-le pour un vilain celui qui ne comprend
Jamais, et par cœurs des volontiers je ne l’apprends
 
Pas. Ils se séparent de l’amour selon leur talent.
 
J’ai pour ma selle deux chevaux, alors je suis content;
L’un se dresse au combat, par contre l’autre est vaillant
L’un ne supporte pas l’autre, et ils n’écoutent pas les gens…
 

«II Compaigno, non puosc mudar qu’eo no m’effrei »

(Compagnons, je ne me défends pas de quelque émoi)

Compagnons, je ne me défends pas de quelque émoi
Au thème des nouvelles, je les entends et je les vois
A savoir les gardiens violés qu’une dame appelle à moi
Elle dit qu’ils ne voudraient accepter ni droit ni loi,
Alors qu’ils la tiennent enfermée toujours à eux trois,
L’un lâche un peu, d’autant l’autre lui resserre la courroie.
Tels sont les souffrances qu’ils lui causent, alors c’est pourquoi
Avec elle l’un est le charmant chevalier très courtois
Ils mènent beaucoup le grand bruit que la « mission » du roi…
 

 «V Farai un vers, pos mi sonelh »

(Je ferai un vers puisque je suis endormi)

Je fais un vers fils du sommeil
Je me fatigue sous le soleil
Sache que les dames du mal conseil,
Font le scandale,
Selon l’amour d’un chevalier
Elles tournent au mal.
 
La dame fait un péché mortel
Elle n’aime pas son chevalier miel.
Qui aime un moine et un clerc ciel?
Quelle est raison?
Par le droit, l’homme doit la bruler
Comme un tison.
 
Quand, en Auvergne, en Limousin,
Je vais sans bruit comme le copain
Je trouvai deux femmes: de sire Garin
Et de Bernard;
Elles me saluèrent aimablement
Pour saint Leonard…

«VIII Farai chansoneta nueva »

(Je ferai la chansonnette nouvelle).

Moi, ferai-je une chanson nouvelle
Avant qu’il vente ou pleuve ou gèle;
Ma femme me prouve qu’elle m’est fidèle.
Elle me remue: je suis son chien.
Que ne soient pas mes males querelles
Je ne veux pas perdre son lien.
 
Je me rends, me livrez pensées,
Qu’elle m’ait dans sa charte en français.
Qu’on ne me tient pas d’insensé,
Sans ma bonne femme, si je l’aime,
Je ne vis nulles lois confessées
Tellement de l’amour, j’ai faim…
 

Genre Lyrique :

« Mout jauzens me prenc en amar »

(Gai et jovial je me prends à aimer)

Plaisir, je me prends а aimer,
Je dois partir, bien de la joie,
Je veux revenir et c’est pourquoi
je vais aux mieux si comme jamais
Je te cherche, je suis honoré
Qu’on sache je t’entends: je te vois.
 
C’est la coutume de me vanter
Ni selon les louanges, sais bien dire,
Jamais aucune joie put fleurir
Plus que l’autre, mais elle doit porter
Graine, à coup s’éclaire la beauté…
 

« Ab la dolchor del temps novel »

(A la douceur du temps nouveau) 

Par la douceur d’un temps nouveau
Feuillent les bois et les oiseaux
Chantent chacun en son latin
Selon les vers d’un chant nouveau
Donc il est bien de rechercher
Ce que tout homme a plus envie
 
Pendant que tout m’est bel et bon
Je ne vois signe ou messager
Aussi mon cœur ne dort ni rit
Et je n’ose éloigner mes pas
Pour savoir si sera la fin
Telle ainsi que je le désire
 
De notre amour il va ainsi
Comme une branche d’aubépine
Qui est sur l’arbre et dans la crainte
La nuit au gel ou à la pluie
Mais le matin sous le soleil
Feuille et verdit tout le rameau…
 
Discographie:

Comprend l’intégrale des chansons de Guillaume de Poitiers:

  • Companhon farai un vers qu’er convinen- Companho tant ai agut d’avols conres
  • Ben vuelh que sapchan li plusor-Companho non puosc mudar qu’eo non m’effrei
  • Pus vezem de novelh florir-Mout jauzens me prec en amar / Farai un vers de dreyt nien
  • Farai chansoneta nueva-Ab la dolchor del temps nouvel
  • Farai un vers pos mi soneilh-Pos de chantar m’es pres talens
  • Las Cansos del Coms de Peitieus

Bibliographie sur Guillaume:

  • Les poètes françois, depuis le XIIe siècle jusqu’à Malherbe
  • Pierre René Auguis, 1824
  • Les chansons de Guillaume IX, duc d’Aquitaine (1071-1127)
  • Jeanroy. Paris : Champion, 1913, 1927
  • Les Chansons d’amour et de Joy de Guillaume de Poitiers, IXe duc d’Aquitaine.
  • Jean de Poitiers. Paris: Eugène Figuière, 1926
  • Le Prince d’Aquitaine : essai sur Guillaume IX, son oeuvre et son érotique
  • Jean-Charles Payen. Paris: H. Champion, 1980
  • L’amour libérée ou L’érotique initiale des troubadours
  • Jean-Claude Marol. Paris : Dervy, 1998
  • Guillaume le Troubadour : duc d’Aquitaine fastueux et scandaleux
  • Bernard Félix. Anglet : Aubéron, 2002
  • Le comte de Poitiers, premier troubadour : à l’aube d’un verbe et d’une érotique
  • Pierre Bec. Montpellier : Centre d’études occitanes, 2004

 

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